| Dr Barry: sur les pas d’un médecin guinéen au chevet de ses petits compatriotes

Dr Barry: sur les pas d’un médecin guinéen au chevet de ses petits compatriotes

écrit le 27.02.2020

Dans le cadre d’un transfert de compétences, le médecin à l’Hôpital National Ignace Deen, à Conakry, a séjourné 6 mois en Suisse, d’août 2019 à février 2020, pour une formation au CHUV.

Pour le Dr Barry, médecin cardiologue, acquérir et renforcer ses compétences est une évidence. Son pays, la Guinée, souffre d’une grave pénurie d’agents de santé»; osons qualifier les défis de vertigineux. Par son engagement et sa détermination, il veut faire progresser la qualité des soins dans l’un des pays les plus pauvres du monde.

«Je suis désormais mieux outillé pour prendre en charge les enfants bénéficiaires du programme de Terre des hommes»

Dr Barry, médecin guinéen en formation au CHUV

Une occasion unique pour la médecine guinéenne

En collaboration avec les hôpitaux universitaires suisses, la fondation Terre des hommes à Lausanne organise des missions pour consulter, soigner et opérer les enfants malades dans leur pays d’origine. En parallèle, ces missions servent à renforcer les compétences des personnels de santé locaux en leur enseignant de nouvelles techniques et en proposant séminaires et conférences. Il leur est également possible d’effectuer un stage dans certains hôpitaux suisses. Ces démarches améliorent la prise en charge des enfants sur place et favorisent les transferts entre pays d’Afrique de l’Ouest plutôt que vers l’Europe. Le Docteur Barry a saisi cette occasion unique pour lui et pour la médecine guinéenne.

Dr. Barry, pouvez-vous nous expliquer votre rôle dans la prise en charge des enfants en Guinée?

Je suis médecin cardiologue à l’hôpital National Ignace Deen. Depuis quelques années, je travaille avec le programme de Terre des hommes dans le volet des soins spécialisés en cardiologie en Guinée. Je suis chargé de pratiquer des échographies cardiaques et de poser le diagnostic précis de la maladie. Je participe aussi à la prise en charge des soins ambulatoires et dans le cadre de l’hospitalisation.

A quel besoin la formation que vous suivez au CHUV répond-elle?

J’interviens dans l’établissement des dossiers adressés au siège de Terre des hommes à Lausanne depuis le bureau de Tdh en Guinée. C’est à ce niveau que l’on avait constaté des problèmes. Il faut rappeler qu’en Guinée, on n’a malheureusement pas à ce jour de cardiologue pédiatre. Proposer un diagnostic correct pour des enfants est donc problématique. Par ailleurs, nos équipements techniques sont insuffisants; il y a très peu d’échographes, indispensables pour réaliser des examens sûrs et précis. Ainsi les dossiers médicaux soumis aux hôpitaux en Suisse ont régulièrement posé problème. Il est apparu judicieux de former un médecin guinéen en Suisse pour améliorer la situation.

J’ai bénéficié, en 2018 déjà, de deux missions de formation avec l’équipe médico-chirurgicale du CHUV à Dakar. J’ai reçu là des premiers enseignements de cardiologie et d’échocardiographie pédiatrique avec la professeur Nicole Sekarski et toute l’équipe du centre CUOMO de Fann. Après ces deux premières formations, on m’a proposé un séjour de 6 mois en Suisse afin de me perfectionner.

La professeure Nicole Sekarski effectue une échographie cardiaque au centre CUOMO de Fann au Sénégal
Quels sont les objectifs de votre séjour?

Je pense que cette formation était très attendue en Guinée, par moi-même et par toute l’équipe de la cardiologie. L’objectif principal est surtout d’apprendre les techniques échographiques chez les enfants. Nous voulons être en mesure d’améliorer de manière significative la qualité des diagnostics posés en Guinée. Un dossier médical précis, complet et fiable est indispensable dans le cadre de la prise en charge d’un patient. Peut-on le soigner sur place? Faut-il l’opérer? Est-il «opérable»? Faut-il le transférer? Est-il «transférable»? Dans un second temps, il s’agit aussi d’assurer le suivi des enfants opérés, une fois de retour au pays.  

J’ai vu comment se passe la prise en charge des enfants, avant la chirurgie, pendant, et après la chirurgie. A mon retour au pays, je pourrai reproduire ces gestes et partager les connaissances apprises avec l’équipe locale. Les efforts dans la formation du personnel médical vont permettre un réel transfert de compétences et améliorer la qualité de la prise en charge des enfants en Guinée.

Quelles ont été vos impressions sur La Maison?

J’ai visité La Maison, et j’avoue que de tous les sites que j’ai pu visiter ici, c’est l’endroit qui m’a le plus marqué. J’ai aimé le cadre et l’ambiance qui règne là. Je félicite La Maison, son personnel et toute l’équipe de Tdh pour ce beau travail réalisé au profit des enfants. Beaucoup de familles retrouvent le sourire après leur retour.

Auriez-vous un message à faire passer aux gens qui nous soutiennent?

Oui, simplement leur dire «merci» pour tous les efforts fournis pour aider les enfants démunis. Je sais que derrière La Maison et Tdh, c’est de toute la Suisse, et même d’au-delà de la Suisse que vient le soutien. On ne se rencontrera probablement jamais, mais on sait que vous êtes là, présents, et c’est très précieux.

Tous ces enfants vous disent un grand merci pour le sourire qu’ils ont retrouvé. A l’image de Kadiatou, je pense qu’elle est très contente, n’est-ce pas ? (Rires) Elle est venue en Suisse, elle a été entourée et bien soignée. Elle va pouvoir rentrer en Guinée. Elle pourra désormais aller régulièrement à l’école puisque ses contrôles à l’hôpital ne vont plus perturber sa scolarité.

Kadiatou et le Dr Barry au CHUV