Maison de Terre des hommes | Les convoyages d'enfants

Convoyages bénévoles: donner de l’amour à un enfant le temps d’une consultation médicale

écrit le 28.06.2021

Marie Barman, jeune retraitée montheysanne, a rencontré La Maison et les enfants lors d’une édition du Festival « Un autre Monde ». Un jour, elle fait le pas et nous contacte pour être bénévole, plus précisément « convoyeuse » d’enfants. Porter la casquette de convoyeur d’enfants, c’est véhiculer bénévolement les petits pensionnaires de La Maison à des rendez-vous médicaux à Genève, Lausanne, dans le Chablais, le Valais et à l’aéroport. Le temps de quelques heures, ces convoyeurs deviennent l’adulte responsable de l’enfant et l’accompagnent avec bienveillance et empathie. Alors que les transferts d’enfants à La Maison sont devenus à nouveau plus réguliers ces derniers mois, les convoyeurs bénévoles que nous avions laissés au repos forcé par souci de protection de leur santé ainsi que de celle des enfants durant les premières vagues du COVID-19, sont à nouveau sollicités. Nous avons suivi un convoyage, celui du petit Ibrahima, lors d’une consultation ophtalmique à Monthey, chez l’un des partenaires médicaux de La Maison. Elle nous parle de ses expériences de convoyages.

Une caisse de jouets pour la confiance

Il est 12h40, Marie arrive à La Maison. Notre convoyeuse sonne à la porte d’entrée pour alerter l’infirmerie et les éducateurs de son arrivée. Quelques minutes plus tard, Carlos, responsable infirmier, et Vania, éducatrice, sortent de la bâtisse principale avec le petit Ibrahima, Guinéen de 4 ans. Marie s’accroupit pour dire bonjour au petit garçon. Une rencontre timide. Pendant ce temps, on installe le siège auto dans son véhicule en vue du convoyage. Sur la banquette arrière, une petite caisse de jouets, « c’est pour que les enfants soient rassurés et s’amusent un peu le temps du trajet » explique Marie. Ibrahima est installé dans la voiture avec un livre Barbapapa à la main. La ceinture est bouclée et le moteur démarre. En route pour Monthey. Dans les prés aux alentours de La Maison, quelques vaches sont occupées à manger de l’herbe. Ibrahima, amusé, les pointe du doigt. Marie arrête son véhicule et ouvre sa fenêtre pour qu’il puisse observer un peu mieux les intrigantes bêtes. Le trajet jusqu’à Monthey ne dure que quelques minutes, mais déjà, la confiance s’installe.

Des caresses dans le dos pour rassurer

En vue de sa consultation avec le médecin, Ibrahima doit faire quelques examens. Marie et l’assistante médicale montrent au petit garçon une machine et lui expliquent qu’il doit placer sa tête devant et observer une image. Il n’est pas très rassuré lorsqu’il voit l’étrange objet. Marie s’installe sur le tabouret et le prend sur ses genoux pour qu’il puisse être à la bonne hauteur. Toujours effrayé par l’appareil, Marie lui caresse le dos et lui explique que « ça ne va pas faire mal ». Il se détend un petit peu et place son visage face à la machine.

Convoyages d'enfants. Ibrahima fait face à une machine lors d'un examen de sa vue
Ibrahima est installé sur les genoux de Marie pour procéder à un examen de sa vue

Au calme sur les genoux de Marie

Toujours installé sur les genoux de notre chère convoyeuse, Ibrahima joue avec les bracelets de perles qu’elle porte à ses poignets. Il est un peu nerveux. Marie lui caresse toujours le dos pour le rassurer et le calmer. Elle lui murmure les couleurs des perles dans le creux de l’oreille et il répète ses mots. Ces gestes tendres le mettent en confiance. L’assistante médicale s’installe face à eux avec des images de tailles différentes sur un carnet. Ibrahima, un oeil caché, doit pointer du doigt les petites images qui s’y trouvent. A chaque bonne réponse, Marie le félicite, ça en devient presque un jeu pour l’enfant. Un sourire timide se dessine sur ses lèvres lorsqu’il pointe du doigt les bonnes images. Les examens terminés, Marie et Ibrahima se redirigent vers la salle d’attente avant la consultation avec le médecin. Elle porte le petit garçon dans ses bras et, devant la fenêtre, lui montre les montagnes, les voitures. Il répète après elle. Elle le chatouille un peu. Il s’agrippe à elle et rigole.

Convoyages d'enfants. Consultation ophtalmique pour Ibrahima, petit pensionnaire de La Maison
Ibrahima pointe des dessins du doigt lors d’un examen de sa vue

Les bras de Marie comme refuge

Quelques minutes plus tard, l’assistante médicale leur explique qu’il faut mettre des gouttes dans les yeux d’Ibrahima pour dilater ses pupilles avant sa consultation avec la doctoresse. C’est une tâche plus compliquée que les précédentes. A nouveau, Marie cherche à rassurer le petit garçon, elle l’allonge sur elle, sa tête dans le creux de son bras pour qu’il ne bouge pas trop le temps que les gouttes tombent dans chaque œil. Il se débat un peu, il a peur. Marie lui caresse les cheveux et lui murmure que tout ira bien. « C’est fini ». Il se réfugie rapidement dans les bras de notre convoyeuse. Elle caresse son dos, lui chante une petite comptine. Il se calme doucement au son de sa voix. L’opération est répétée à plusieurs reprises avant la consultation avec le médecin. Marie, avec ses gestes bienveillants, parvient à calmer Ibrahima et à le rassurer à chaque fois. Le temps d’un après-midi, elle aura tissé des liens de confiance avec ce petit garçon sur le chemin de la guérison.

Convoyages d'enfants. Dans les bras de Marie, convoyeuse bénévole, Ibrahima patiente en salle d'attente
Ibrahima, dans les bras de Marie, convoyeuse d’enfants bénévole, observe la vue depuis la salle d’attente

Interview : Marie nous parle de ses expériences de convoyages  

Est-ce que les convoyages d’enfants se passent toujours de la même façon ?

Non, ce ne sont jamais les mêmes convoyages. Il m’arrive de convoyer deux ou trois fois le même enfant, jusqu’au CHUV par exemple, mais c’est rare. En général, je ne vois l’enfant qu’une fois. Ils sont tous différents et très attachants. Je tisse un lien avec chacun, même si on ne partage qu’un moment ensemble. Comme avec Ibrahima, il était dans mes bras tout le temps et il avait confiance.

Qu’est-ce qui vous a motivée à faire bénévolement des convoyages pour les enfants La Maison?

Je connaissais l’organisation. J’étais venue au festival et, depuis des années, j’achète mon sapin de Noël ici. Une fois, j’ai décidé de faire le pas et de m’engager comme bénévole. J’habite la région et j’avais un peu de temps pour effectuer des convoyages. Vous savez, j’ai beaucoup voyagé en Asie du sud-est et je me rends bien compte des difficultés auxquelles les populations de pays moins riches doivent faire face. Je me dis que nous devons les aider. A La Maison, ce sont des enfants démunis, alors je fais ce que je peux pour leur venir en aide.

Communiquer avec les enfants n’est pas toujours chose évidente lors des convoyages. La plupart ne parle pas ou que très peu le français. Comment échangez-vous avec les enfants ?

Il est vrai que la langue peut être une barrière. Mais les gestes sont là pour les rassurer. Je les cajole, je les prends sur mes genoux, je leur chante aussi parfois des chansons même si elles sont en français. La mélodie les apaise et ça passe. Ils ont confiance, ils comprennent notre bienveillance.

Comment se passe la séparation lorsque vous les déposez à l’hôpital par exemple ? Comment la vivez-vous ?

Au CHUV, si les infirmiers voient que l’enfant est dans nos bras et qu’il n’a pas trop envie de les suivre, on les accompagne jusqu’à la chambre où séjournent les autres enfants hospitalisés de La Maison. Mais c’est souvent la première fois, après ils se souviennent et n’ont aucun problème à les suivre. La séparation, des fois, c’est un peu « hard ». Je respire un bon coup et je m’en vais. Je me dis que l’enfant va être pris en charge, qu’il est bien là où il est.

Convoyage d'enfants: des informations
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