120 ans de bénévolat à eux trois | Maison de Terre des hommes

120 ans de bénévolat à eux trois

écrit le 16.10.2019

Eclairage sur des hommes qui sont allés à la rencontre des enfants de Terre des hommes et en devinrent définitivement liés. Aujourd’hui, ils continuent de marquer de leur présence, année après année, La Maison de Terre des hommes.

Au début de l’histoire un homme, Edmond Kaiser, s’est personnellement investi dans cette action de secours aux enfants malades, blessés, laissés pour compte. D’abord une poignée d’individus partageant la même indignation, la même détermination, le même amour. Parmi eux, Paul Veillon, fondateur de Terre des hommes Valais, figure de proue du mouvement. Puis une foule grandissante d’anonymes venus, eux aussi, lutter en faveur de l’enfance en détresse.

Au-delà des générations, des hommes et des femmes mettent à disposition leur temps, leurs compétences et leur cœur pour offrir aux enfants de La Maison des perspectives d’avenir. Ils sont des centaines débordant d’énergie avec un objectif unique: le secours à l’enfant.

Sans l’engagement déterminé des «pionniers du début», ces volontaires engagés qui accueillaient un enfant à sauver, La Maison n’existerait tout simplement pas.

Depuis 1970 que La Maison accueille des enfants, que de chemin parcouru! Elle est née de la volonté du «groupe de travail du Valais» constitué en 1963 par Paul Veillon, de relever un défi. Car si dans le cadre des soins médicaux en Suisse, le sauvetage des enfants passait obligatoirement par une opération dans les hôpitaux de Genève ou de Lausanne, voire d’ailleurs, leur hébergement, lui, se faisait sur sol valaisan. D’abord dans des familles, puis à La Maison.

Actifs et déterminés, Michel Donnet-Monnay, René Lüthi et Jacques Darbellay tondent bénévolement les pelouses de La Maison. Ils sont surnommés les « papis tondeurs »

Le bénévolat est à la base de l’existence de Terre des hommes Valais.

Petit coup de projecteur sur René Lüthi, Michel Donnet-Monay et Jacques Darbellay. Trois hommes qui s’investissent, avec modestie, depuis des décennies, parce que la détresse des enfants leur est intolérable. Ils cumulent à eux trois 120 ans de bénévolat fait d’engagement et de passion. Depuis les débuts du mouvement Terre des hommes en Valais, bien des choses ont changé à La Maison. Constructions nouvelles, agrandissement des structures, rénovations, changements physiques et organisationnels. Mais l’esprit et la mission demeurent. Et puis La Maison c’est aussi un lieu de convivialité où les amis se retrouvent.

Terre des hommes Valais leur doit beaucoup. Le travail qu’ils accomplissent au service des enfants mérite d’être salué. La solidité et la fidélité de leur engagement ont été, et sont encore, un exemple de ce que l’on peut faire avec de la conviction, de l’obstination et de l’optimisme pour une cause en laquelle on croit, malgré les obstacles et les difficultés. Merci à eux pour l’exemple donné et pour leur engagement. En se livrant corps et âme à cette œuvre humanitaire et surtout humaine, ils ont marqué, et continuent de marquer, de leur empreinte cette Maison, pour une terre plus humaine.

René Lüthi, 78 ans
Membre du conseil de 1967 à 2012

«Le bénévolat m’apporte beaucoup de satisfaction. Donner c’est une chose, mais ce qu’on reçoit est exceptionnel.»

René Lüthi, bénévole de la première heure et mémoire vivante de Terre des hommes, a été famille d’accueil pour des enfants de Terre des hommes de 1965 à 1971. Il rejoint le comité de Terre des hommes Valais en 1967 à 2012.

Comment vous-êtes-vous intéressé à l’action de Terre des hommes?

En 1959, en pleine guerre d’Algérie, un reportage révélant la misère d’un million d’Algériens bouleverse profondément Edmond Kaiser, qui décide de créer en 1960 l’association Terre des hommes à Lausanne. Peu de temps après, M. Kaiser fera venir en Suisse une centaine d’enfants algériens pour un séjour de vacances, et d’autres pour des soins médicaux. Ils seront accueillis dans des familles d’accueil. En 1967, le conseil de Terre des hommes Valais, emmené par son fondateur Paul Veillon, est alors formé d’une dizaine de membres. Terre des hommes a le vent en poupe, son action est inlassable. Déjà famille d’accueil avec mon épouse Denise, je décide de rejoindre le conseil en avril 1967. 

Beaucoup se souviennent encore de l’arrivée à Monthey de petits Algériens. Se pose alors un problème crucial, leur accueil et leur hébergement. Quel a été le changement majeur dans la prise en charge de ces enfants?

On réalisa très vite que des liens forts se tissaient entre les enfants et les familles d’accueil. Au moment du retour chez eux, les séparations devenaient très difficiles. Pour preuve, j’ai même accompagné un enfant jusqu’à son retour chez lui en Algérie en 1967. Nous nous rendions bien compte que nous ne maîtrisions plus le mode d’accompagnement en famille d’accueil.

Le comité de l’association Terre des hommes Valais décide alors d’acquérir une maison en vente sur les hauts de Massongex pour en faire un centre de soins et d’accueil pour les enfants transférés en Suisse. Les travaux de réaffectation commencent en 1968. Des dons en nature et en espèces affluent de toutes parts. Des entreprises acceptent de fournir du matériel à prix réduit, voire gratuitement. Je me souviens qu’avec les bénévoles, nous venions donner des coups de mains pour nettoyer, vider la future Maison. Nous avions même tenté de gratter des rochers dans une des caves, mais ceux-ci ont été plus résistants que nous,… ils y sont toujours!

Il est clair aujourd’hui que sans La Maison, sans un changement fondamental dans la manière de prendre en charge les enfants, ces transferts d’enfants n’existeraient plus depuis belle lurette.

Michel Donnet-Monay, 76 ans
Membre du conseil de 2002 à 2012
Président du conseil de 2004 à 2012

«Quand on croit très fort à quelque chose de bien, cela se réalise.»

Projet phare:
La rénovation de La Maison en 2010 et la construction d’une nouvelle infirmerie

Ceux qui le connaissent savent qu’il est un grand optimiste. Pour lui, être optimiste c’est avoir ce brin de folie qui fait accomplir des choses auxquelles personne ne croit. Michel rentre au conseil en 2002. Il accepte sa présidence de 2004 à 2012. Succéder à des personnalités telles que Paul Veillon, Paul Guerraty et Hugo Italiano n’a pas été pas chose facile. Ses prédécesseurs ont mis la barre bien haut. Michel y mettra tout son cœur.

Quelle est la particularité de La Maison?

C’est un miracle permanent qui a fait que La Maison ait pu vivre, se développer et œuvrer avec enthousiasme. J’ai rejoint une équipe de personnes qui avaient vraiment l’envie de faire quelque chose. Chacun avait un rôle et chacun amenait son soutien au système. Les liens d’amitié qu’on a créés et que l’on crée encore n’ont pas de prix.

Quel a été le plus grand projet mené comme président du conseil?

La rénovation de La Maison en 2010 a été une étape importante. C’étaient les premiers travaux conséquents depuis 1969. Le budget était important, nous avions mal à nos finances et on m’a pris pour un fou au sein du Conseil. Pourtant, tous ont vu un signe d’optimisme dans le large soutien que nous avions et nous nous sommes mis au travail pour construire une nouvelle infirmerie et rénover l’édifice dans sa totalité.

Un encouragement à donner?

Non seulement, il faut y croire, mais tout est possible.

 Jacques Darbellay, 68 ans
Membre du conseil de 1975 à 2015
Président du conseil de 2013 à 2015

«Quand t’es dedans, tu ne peux plus lâcher.»

Projet phare: Augmenter toujours l’efficacité de La Maison

Jacques Darbellay a participé intensément à l’œuvre naissante de La Maison depuis les années septante. Il a rejoint le comité de Terre des hommes Valais en 1975. Il a contribué activement à la mise en place des structures actuelles de La Maison, passant de l’augmentation du nombre des employés au choix d’une qualité professionnelle toujours plus spécifique et élevée. Il a été la cheville ouvrière, fin des années huitante, de la restructuration fonctionnelle des différents services, afin que les soins apportés aux enfants soient toujours plus efficaces.

Comment avez-vous connu Terre des hommes?

J’ai vécu avec des enfants de Terre des hommes. Dans les années soixante, ma famille a pris en charge des enfants du même âge que moi, un Algérien et une Tunisienne. J’avais cette idée de Terre des hommes, celle qu’on s’occupait d’enfants qui en avaient besoin. En 1973, à 22 ans et jeune marié, je suis allé voir André Barman, membre du comité de Terre des hommes. Je lui ai dit: si je peux donner un coup de main, je le fais volontiers. Je m’attendais à faire un peu de bénévolat, prendre part à des petites actions locales. Il m’a dit «Tu viens jeudi soir à la séance du comité…». De là tout a commencé, je n’ai plus jamais cessé.

La Maison, comment s’est passée l’esquisse de cette nouvelle organisation?
Dès le début, nous savions tous que ça allait être difficile de faire tourner La Maison. Heureusement, il existait une très forte solidarité au sein du comité. Chacun amenait du sien dans le respect de l’autre. Quand tu es dedans, tu ne peux plus lâcher. Non seulement c’est tout à fait possible, mais c’est très gratifiant de mettre ses compétences professionnelles au service des enfants de La Maison.